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CRÉDITS

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Codage de la PA réalisé par @ John avec l'aide de @ Cynn

Toute reproduction même partielle du codage et du graphisme est formellement interdite.

Bienvenue à Insomnia. Les Auteurs ont été les premiers à fouler le sol de la ville, il y a 50 ans.sortis de nulle part, ils se sont trouvés soudainement propulsés dans cette ville, avec tous leurs souvenirs intacts. Mais ils ne s'attendaient certainement pas à voir leurs créations revenir à la vie. Ces êtres qu'ils ont inventés avec amour ou haine, ces êtres tout droit sortis de leurs imaginaires, ils ont désormais la possibilité de les rencontrer. Dans cette vie, le Grand Méchant Loup n'est plus le vilain de l'histoire, il se réveille sous forme humaine et doit s'adapter à sa nouvelle vie. En ces lieux, Blanche-Neige est revenue après avoir croqué la pomme et est devenue un homme, la plus frêle des demoiselle est désormais un mâle en puissance.Une personnalité étrange, cependant, a fait son apparition. Depuis le début, comme une ombre, un fantôme. Un Maire dont tous connaissent l'appellation, mais que personne n'a jamais vu. Qui est-il ? Pourquoi ne se réveille-t-il qu'en certaines occasions ? Le mystère reste entier, plane sur cette entité capable du meilleur, mais surtout du pire. Nul n'est à l'abris. Mais il est une chose que tous comprennent. Le monde qu'ils avaient connu n'est plus le même. Ce qu'ils possédaient a disparu. La feuille blanche est désormais entre vos mains, et votre nouvelle existence reste à écrire. À vous de jouer.
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Photographies & Roses [ft. Rimbaud]

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Ven 7 Juil - 2:42
Photographies & Roses
  • ft. Arthur
  • & Antoine



Musique d'ambiance : Bohren & Der Club Of Gore - Prowler

Une journée de boulot en plus terminée.

Le facteur quitta l'uniforme pour la tenue de civil, comme chaque jour de la semaine sauf, bien entendu, le dimanche. Il avait toujours trouvé le concept des costumes de travail à la fois amusant et horripilant. D'un côté, c'était comme s'il changeait d'identité en changeant de vêtements, tel un acteur, mais de l'autre, l'uniforme pouvait donner cette impression... d'uniformisation. Comme s'il perdait une partie de sa personnalité au profit d'une mission qui était faite en échange d'un salaire à a fin du mois. Antoine rangea ses affaires, saluant ses collègues, et, essuyant la sueur sur son front, fut enfin libre de disposer de son temps comme il le souhaitait. Un aristocrate facteur, c'était drôle, quand on y songeait. Il était vrai qu'il avait vécu dans l'opulence une partie de son enfance, mais ça n'avait été que de courte durée puisque la mort de son père avait tout chamboulé, laissant sa mère veuve s'occuper de lui et son frère et de ses sœurs. Sans sa grand-mère, sa tante, ainsi que des amis, ils n'auraient peut-être pas survécu de manière décente. Dans tous les cas, Antoine avait vécu la majeure partie de sa vie dans un milieu plutôt modeste et avait lui-même connu des problèmes d'argents, jusqu'à ce qu'il se mette à vendre ses écrits qui lui avaient, au final, rapporté assez pour qu'il vive plus que décemment. Maintenant, il retournait à zéro, c'était un nouveau combat qui s'offrait à lui depuis quelques années. Il avait donc trouvé ce job de facteur. Sur terre, cette fois.

Il posa son chapeau sur le bureau de tri du courrier et quitta le bureau d'un pas léger, ouvrant son parapluie noir en passant. Aujourd'hui, le temps était maussade, mais lui ne l'était pas vraiment. Rien de particulier ne s'était passé dans sa tournée, il se sentait juste... apathique. Ni joyeux, ni triste. Cependant, Antoine aimait beaucoup l'odeur et les sons caractéristiques des temps pluvieux. Il songea vaguement qu'il aurait aimé faire découvrir cette atmosphère à son Petit Prince. Il adorerait. Hélas, il n'y avait pas pensé à la rédaction de son livre. Peut-être qu'éventuellement, ce petit bonhomme aurait droit à une autre vie où il explorerait le monde, tel que lui l'avait fait et avec des yeux nouveaux. Les lèvres de l'écrivain esquissèrent un bref sourire, tandis qu'il continuait sa route, respirant l'air humide qui avait fait légèrement onduler ses cheveux à moitié trempés par la pluie. Si cela continuait, cette petite histoire allait finir par devenir le reflet de son envie d'évasion, plus qu'une petite histoire philosophique basée sur quelques morceaux autobiographiques. Qui sait, il était peut-être temps d'en créer une autre, se basant sur ses émotions présentes. Ça lui occuperait l'esprit, les jours où il n'aurait rien à faire.

Ses rangers martelant le sol pluvieux, Saint-Ex, à présent presque intégré à la vie dite moderne (parce qu'après tout, à son époque aussi, on parlait d'époque moderne, même si celle-ci était très différente), quoiqu'un peu vieux jeu de par son éducation datant du XXème siècle, prit le métro jusqu'au centre ville. Là-bas, il avait un petit achat à faire, comme chaque mois. Il descendit du métro bondé à cette heure-ci et se dirigea chez le fleuriste. Il fit le tour des rayonnages de fleurs rayonnantes et, parapluie en main, attrapa une rose rouge à la couleur la plus intense et la plus jolie. L'homme repartit avec cette fleur, posant son nez dessus pour sentir sa douce fragrance. Depuis dix ans déjà, il avait eu ce rituel. Il achetait une rose en mémoire de sa Consuelo, sa rose à lui. Certes, cette insolente fleur ne la remplacerait jamais, mais il ne pouvait se résoudre à oublier sa rose originale au point qu'il préférait en avoir une pâle imitation florale et symbolique. Chaque mois, il la posait doucement dans un joli vase, et elle fanait lentement, tout comme ses souvenirs qui lui restaient d'elle. Au fil du temps, Antoine s'était rendu compte qu'il ne demeurait qu'un visage flou dans sa mémoire lointaine de sa vie d'avant. Ça l'avait mortifié. Alors, chaque mois, il lui offrait une rose à son image.

Transportant précautionneusement la fleur entre ses doigts, tenant le parapluie de son autre main, l'aviateur mélancolique allait se diriger vers le quartier moyen, quand un écriteau attira son attention. Ce dernier annonçait une exposition de photographies qui se trouvait dans la galerie d'art juste à deux pas de là. "Art's Rainbow". Tiens, il ne l'avait jamais remarquée jusqu'à présent. Piqué par la curiosité, Antoine poussa la porte d'entrée de la galerie en refermant son parapluie. Il s'essuya les pieds tout en jetant un coup d’œil circulaire à la pièce. C'était une salle très spacieuse dans laquelle étaient exposées, sans le moindre étonnement, des photographies en noir et blanc, ainsi que sépia. Il nota que certaines d'entre elles se trouvaient posées sur le sol, destituées de leur place sur le mur. Il n'y avait personne. L'écrivain hésita d'abord à renoncer à l'idée de s'enfoncer plus avant dans la galerie, mais finit par s'approcher des œuvres, en se disant que le propriétaire des lieux ne devrait pas être très loin. L'écrivain parcourut les murs blancs, plutôt intéressé par ce qu'il voyait. Toutefois, une seule d'entre elle retint véritablement son attention.

Cette photographie noir et blanc argentique représentait une personne de dos, faisant face à un paysage de ville, la nuit. Le rendu était tel que les lumières des lampadaires donnaient l'impression d'être des lucioles qui virevolteraient si la photo était vivante. Du moins, c'était ce que lui imaginait. Ce n'était pas qu'il était particulièrement impressionné par cette oeuvre, mais plutôt qu'il adorait ce qu'elle montrait.

Cette solitude du soir, ces niveaux de gris, cette opposition de lumière et de ténèbres... Il était sous le charme.

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Ven 7 Juil - 12:25
Photographies & RosesSaint-Ex & RimbaudJamais ! Oh oui ce mot sonne tellement bien à ses oreilles, il aime en user et surtout en abuser, il revendique ce qu’il a à dire et montre avec force ce qui compte vraiment pour lui ! Il distingue ses choix des autres et tire un trait net sur ce qui va à l’encontre de ses principes et quel plus beau mot percutant et ravageur que ce “Jamais” pour s’exprimer ? C’est aussi une promesse qu’il se fait à chaque fois, un lien qui se noue autour de son cou, car il déteste par dessus tout revenir sur ses paroles et montrer une faille ! S’il emploi ce mot c’est qu’il est bien certain de ce qu’il dit même s’il ne sera jamais à l’abris d’un revirement de situation… mais n’est-ce pas ça qui fait que le jeu en vaille la chandelle ?

Alors, lui, Arthur Rimbaud, a proclamé dans un temps passé que JAMAIS il ne resterait sans rien faire, comment le pourrait-il ? Il ne peut concevoir de perdre son vie à regarder les nuages passer… certes que de temps en temps il apprécie de s’allonger dans l’herbe pour regarder les cumulonimbus exprimer leur poésie et leur créativité intangible, mais jamais -oui encore- sans y apporter une réflexion et y trouver un but concret. Voilà pourquoi à peine deux mois après son arrivée ici il est déjà en train de remuer ciel et terre à la recherche d’une activité, d’une passion, d’un dessein à assouvir coûte que coûte !

L’idée lui est venue avec facilité et entrain, lui qui a beaucoup voyagé découvrant des merveilles, même si cette vie d’aventurier n’a pas été la plus belle de son existence, pourquoi ne pas l’associer avec l’autre partie de sa vie qui l’a passionné ? Fusionner l’artiste et l’aventurier pour proposer de faire découvrir des splendeurs à un public d’amateur ou d’expert sur le marché de l’art ? Les galeries sont une source inépuisable de connaissance et de renouvellement… pas le temps de s’ennuyer il y aura toujours une nouvelle mode ou une mode passée revenant au goût du jour. C’est cette excitation de ce renouveau perpétuel qui l’a attiré car rester sans rien faire même une minute de son temps lui est inconcevable !

Et c’est qu’il n’a pas traîné à arpenter les quartiers de la ville à la recherche du lieu parfait ! Il y avait de quoi faire ici niveau artiste et personne n’était sur le devant de la scène pour les présenter voir les représenter ! Il voulait un lieu différent d’une simple salle d’exposition, il n’est pas du genre rat de bibliothèque à rester sagement assis comme en communion silencieuse avec les toiles ! Non pour Arthur il faut que ça vive, que ça bouge, l’art c’est l’expression profonde de l’homme et de la nature… comme si l’un ou l’autre été silencieux ? Comme l’a dit John Cage cet artiste à la création inépuisable du vingtième siècle “Le silence n’existe pas” et il l’a démontré avec son oeuvre magnifique et percutante de 4’33”.

D’ailleurs si un jour il croise l’artiste il est persuadé qu’il s’entendrait très bien avec lui ! Mais pour le moment Rimbaud déborde d’un désir de création, c’est toujours la partie la plus intéressante… le processus qui amène à réaliser quelque chose. La notoriété il n’en a rien à foutre, c’est pour les bourgeois en manque d’amour et de reconnaissance ! Lui tout ce qu’il veut c’est construire un lieu qui reflète son âme changeante et délirante et y faire pénétrer en son sein tous les papillons de nuits qui seraient attirés par la lumière palpitante de son coeur. Oui il considère son projet comme son propre être et c’est bien parce qu’il le voit comme une extension de son essence vitale qu’il peut autant s’y investir sans reprendre son souffle !

Voilà comment il se retrouve en quelque semaine à changer de casquette de jour en jour… négociateur le lundi, peintre jusqu’au jeudi, démarcheur le vendredi, décorateur le week-end, organisateur le lundi, désigner le mardi, commercial le mercredi et de nouveau peintre jusqu’au week-end. Oui il n’a pas peur de tout faire tout seul ! Il n’a pas les moyens de toute façon d’engager quelqu’un et d’ailleurs il se nourrit essentiellement de café noir sucré pour garder le plus d’énergie possible, son sang doit être bientôt de la même couleur d’encre ! Mais ce n’est pas grave il a beaucoup plus souffert dans son ancienne vie, là c’est tellement passionnant qu’il en oublie volontiers son ventre vide et sa fatigue. Il est en train de construire de ses mains un lieu d’art et d’histoire et il doit avouer en être plutôt fier !

Ça aura pris un bon mois pour boucler ce projet, enfin “boucler” est un grand mot car tout reste à faire et surtout à se renouveler perpétuellement ! Ses carnets sont noircis par la multitudes d’idées qu’il a et il sait qu’il n’aura pas assez d’une année ou deux pour tout mettre en place mais ça viendra et c’est terriblement gratifiant d’aller au bout de ses rêves et de ses buts ! Il est à J-1 de l’ouverture, il a déjà déposé des affiches et des flyers de partout dans la ville et il est en train de fignoler les derniers préparatifs. Il espérait que le temps serait plus clément et n'empêchera pas les curieux de venir jeter un oeil au nouvel endroit en ville…

Il avait eu l’idée de faire un livre d’or un peu particulier pour ce premier vernissage. Au lieu d’un simple livre il était en train de découper des morceaux de papiers de toutes les tailles et de toutes les formes. Les visiteurs pourraient écrire sur le papier et l’accrocher à un des fils rouge qu’il aura suspendu depuis le plafond, c’était à la fois un objet de décoration, de partage, et d’art au final. Il n’avait pas encore terminé d’accrocher les photographies qu’il avait sélectionné qu’il c’était mit à faire ça en plein milieu de la galerie ! Il y avait pleins de papiers découpés, un ciseau, une bobine de fil rouge et des punaises ! Mais pas d’Arthur dans son bric à brac… il arriva depuis la cour extérieure, une échelle sous le bras et quelques gouttes de pluie accrochées à ses cheveux. Il portait un simple pull à grosse maille et trop grand pour lui dévoilant épaule et clavicules et un jean stretch qu’il avait retroussé jusqu’à la naissance de ses mollets… et il était pieds nus ayant laissé ses savates à l’entrée pour ne pas tout salir.

Il ne fut pas surpris de voir un homme en pleine admiration… il n’avait pas fermée la porte et pas encore mit le panneau “fermé/ouvert” et comme il avait espéré la lumière avait attiré son premier papillon ce qui réchauffait son coeur et son désir de se dépasser dans cette aventure. Il croisa son regard en posa l’échelle dans un coin et s’approcha avec un sourire en coin pour venir à sa hauteur contempler la photographie “Belle de nuit”. Lui aussi aime cette photo, elle représente une vrai complexité dans sa composition mais surtout dans son interprétation et Arthur ne peut s’empêcher de demander à voix basse et rêveuse.

- Est-elle faite d’ombres et est-ce la ville qui l’illumine, détachant sa silhouette de l’obscurité,  ou, est-ce la ville qui a besoin de son ombre pour briller avec autant d’intensité ?

Pour lui il pense que l’un de peut aller sans l’autre, et que c’est l’ombre de la silhouette qui apporte autant de brillance à la lumière de la ville mais que sans la lumière des lampadaires la silhouette ne pourrait être aussi visible et percutante ! Mais ce n’est que son point de vue personnel et il tourne la tête pour regarder plus franchement le grand blanc qui… lui est terriblement familier. Ça ne fait pas longtemps qu’il est ici, il n’a pas encore vu des millions de têtes et il ne lui faut pas longtemps pour mettre un prénom sur ce visage plutôt agréable à regarder… un mélange de douceur et de virilité très rafraîchissant en cette journée maussade.

- C’est un plaisir de vous voir Antoine… ahah ne faites pas cette tête ! Café Mocha ? Moi je le bois avec un soupçon de cannelle, les épices j’en raffole et en abuse depuis longtemps…

Ses voyages en Asie et Afrique lui ont offert un palais habitué à manger des plats épicés venant d’autres contrées et il doit dire qu’il adore ça !! Et rien que de parler de nourriture il sent son estomac se contracter sous le désir de se sustenter d’un poulet mafé cette sauce divine aux cacahuètes torréfiées… mais pour le moment il a beaucoup trop à faire pour penser à prendre un vrai repas digne de ce nom et il reprend son inspection non cachée ou gênée de l’homme à ses côtés, c’est son premier visiteur et pas un inconnu qui plus est… autant faire les choses bien pour marquer les esprits ! Mais son regard s’arrête sur cette rose magnifique qu’il détient… Rimbaud est sensible aux belles choses mais la rose signifie tellement de choses intenses et contradictoires qu’il ne sait pas qu’elle est l’interprétation qu’en fait Antoine… il se penche, sans gêne aucune sur la fleur pour venir sentir son parfum, fermant les yeux il se projette un moment dans un temps révolu avant que ses paupières lourdes ne s’ouvrent légèrement pour admirer “L’homme à la rose” et chuchoter d’une voix envoûtée.

- Chérissez-la, elle est magnifique et a de l’amour à revendre, profitez-en jusqu’à ce qu’elle se fane et faite lui honneur en gardant ses pétales… un souvenir, rien qu’un souvenir…

C’était peut-être déplacé de s’incruster ainsi et aussi intimement dans la vie de quelqu’un, cette fleur était peut-être un cadeau qu’on lui avait fait ou qu’il allait faire ? Mais Arthur suis son instinct, il a une facilité déconcertante pour cerner les gens, pour savoir ce qui alimente leur être et les profondeur de leurs âmes. Il n’est pas voyant non plus mais il ne peut s’empêcher de dire ce qu’il pense ! De façon déroutante la plupart du temps… il reprend avec un sourire comme si ce petit interlude n’avait pas existé, comme une tempête qui vous fait tourner dans un sens et dans l’autre, il est plein de vie, d’énergie et de passion qu’il ne cache pas… jamais !

- J’ai seulement du café noir, du sucre et du lait à vous proposer, j’allais m’en faire un, ne vous gênez pas… je n’ai pas encore terminé de tout installer mais faites comme chez vous, ce lieu est autant le votre que le mien !

Il sourit en se détournant pour repartir par là où il est arrivé, il doit monter chez lui en prenant l’escalier extérieur pour aller faire le café mais avant de disparaître il jette un coup d’oeil par dessus son épaule pour se présenter en bonne et dû forme…

- Au fait… Bienvenue au Art’s Rainbow, je suis Arthur Rimbaud mais vous pouvez m’appeler Arthur, Antoine…

Et il laisse la porte ouverte après avoir remis ses savates pour l’inviter à le suivre si le coeur lui en dit. Comme il l’a voulu cette endroit n’est pas seulement une galerie d’art, c’est un lieu d’échange et de partage et il ne met aucune barrière entre les gens et les lieux. Il ne veut pas se frustrer où imposer à autrui ce que lui même ne pourrait supporter ! Vivre avec des chaînes, vivre avec des peur, des doutes et des remords… ce n’est pas vivre comme il l’entend !
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Dim 9 Juil - 19:32
Photographies & Roses
  • ft. Arthur
  • & Antoine



Musique d'ambiance : Mogwai - Take me somewhere nice

" Est-elle faite d’ombres et est-ce la ville qui l’illumine, détachant sa silhouette de l’obscurité,  ou, est-ce la ville qui a besoin de son ombre pour briller avec autant d’intensité ? "

C'était une très bonne question. Antoine, qui avait jeté un bref regard distrait à l'homme qui venait de l'accompagner dans son émerveillement, s'était replongé dans l'analyse de la photographie sans ajouter un seul mot supplémentaire. Il appréciait ce genre de silences propices à la réflexion ainsi qu'à la contemplation visuelle, philosophique et artistique. S'il avait répondu à cet inconnu, il aurait sûrement dit les deux, car ténèbres et lumières étaient toujours complémentaires. Sans l'un, pas de lumière, sans l'autre, pas d'ombre. Sans nuit, pas d'étoiles. Pas de nuit sans ne serait-ce qu'une petite étoile brillante dans le ciel. Il était évident qu'une nuit sans constellations serait bien triste à voir. On se sentirait bien seul dans cette vaste galaxie. Du moins, c'était le cas pour lui. Pensif, il nota le reflet de la lumière sur l'eau du fleuve représenté en-dessous de la jeune femme photographiée. Même ce cours d'eau, qu'un large pont aux milles lampadaires escaladait à droite du cadre de la photo créait un reflet de cette lumière bienfaitrice, comme si le fleuve, lui aussi, cherchait à participer aux illuminations de ce soir immortalisé en une seule image qui avait eu le don de le faire voyager, dans un certain sens. Il serait curieux de retrouver le lieu où elle avait été prise, histoire de voir si lui aussi, il pouvait expérimenter un tel moment de solitude dans une ville pourtant peuplée de milliers d'individus.

Celui qui venait d'entrer dans la scène attira de nouveau son attention, et cette fois, pour de bon. Antoine avait tourné la tête dans sa direction en fronçant ses sourcils blonds, surprit de l'entendre prononcer son prénom de façon si familière, comme s'il le connaissait déjà. L'air sérieux, il se mit à examiner plus attentivement cet inconnu. Ce visage, ces cheveux en bataille et cette carrure ne lui étaient effectivement pas totalement inconnus, bien qu'il ait dû le croiser très brièvement, les semaines précédentes. Il ne savait plus où exactement, mais quelque chose avait dû le marquer pour qu'il s'en souvienne encore. Son aura ? Quelque chose dans son regard ? Honnêtement, il ne savait pas. L'évocation du moka lui était très familière aussi. Leurs chemins s'étaient sûrement croisés dans un café, ça n'aurait pas été surprenant puisque Antoine adorait se reposer dans ce genre d'endroits avec un café, après le travail ou une séance de vol. Il se rendit compte que l'attention du jeune homme s'était reportée sur la rose qu'il tenait entre ses doigts. Sans aucune gêne, il se mit à sentir la fleur sous les yeux d'un Saint-Ex qui ne savait pas comment réagir face à ce geste. Se mettre en colère et le repousser ? Aucun intérêt, puis il ne faisait qu'admirer la fleur qu'il avait méticuleusement sélectionnée parmi les centaines de roses que le fleuriste proposait, ce qui la rendait aussi unique que celle du Petit Prince. Du moins, à ses yeux. Il décida plutôt d'effectuer un très léger mouvement de recul, gêné à l'idée qu'il ait l'intention de décrypter ce que pouvait signifier cette rose. Il espérait qu'il se contenterait d'admirer cette dernière sans poser de questions.

Le cœur vide, l'aviateur se contenta de hocher vaguement la tête et de serrer la rose sans la blesser, tout en lâchant un simple  "Hm..." en réponse à sa réflexion sur cette dernière. Aujourd'hui, il n'était pas très bavard. C'était ce temps maussade qui laissait son empreinte sur son humeur et ses émotions. Ou bien penser à sa Consuelo l'avait peut-être affecté. Probablement un mélange de tout ça. Il avait beau aimer les jours de pluie et d'orage, il n'était pas très énergique dans ces moments-là, il fallait l'avouer. Antoine se vit proposer un café par celui qui était, il en avait maintenant la confirmation, le fameux responsable de la galerie. Il allait dire quelque chose mais il n'en eut pas vraiment le temps, car Arthur Rimbaud quitta les lieux trop rapidement. Se retrouvant seul face à lui-même, l'aviateur hésita, tantôt les yeux baissés sur sa rose, tantôt sur la photographie qu'il avait admirée intensément quelques minutes plus tôt. Arthur Rimbaud. Décidément, il n'avait pas fini de faire des rencontres étonnantes sur Insomnia. Il était ici depuis presque dix ans et avait eu le temps de se rendre compte que la plupart des habitants de ce lieu étaient des écrivains, artistes, créations provenant du papier, ainsi que des musiciens. Il s'était toujours demandé pourquoi eux spécifiquement, ils s'étaient retrouvés en ces lieux. Un endroit réservé aux créateurs et créations, après la mort ? S'il n'avait été qu'un aviateur qui ne jouait pas avec l'encre sur le papier, est-ce qu'il se serait retrouvé ici ? Ce mystère était aussi impénétrable que celui de la vie elle-même. En fait, non. La mort se révélait être aussi mystérieuse que la vie, même après qu'elle l'ait frappé violemment. Dire que quand il était en vie, il croyait naïvement comme beaucoup d'autres que le décès lui-même apporterait quelques réponses sur sa condition inconnue. Il haussa les épaules avec désinvolture et finit par se dire que s'attarder un peu pour une discussion avec le fameux Rimbaud n'était pas une si mauvaise idée. Après tout, il n'avait rien d'important à faire, et pas tout le monde avait l'occasion de se permettre de discuter avec un illustre poète décédé au XIXème siècle. C'était un des avantages à être mort et renaître sur Insomnia.

Saint-Ex jeta un dernier regard à la photographie, soupira en passant sa main dans ses cheveux blonds encore un peu humides et rejoignit Rimbaud, enlevant ses chaussures avant d'entrer dans le vestibule de ce qui semblaient être ses appartements personnels. Bras croisés, Antoine ne s'avança pas plus. Il resta timidement appuyé contre l'encadrement de la porte, tout en jetant un œil curieux au salon.

" Donc... Vous êtes le fameux Rimbaud. Vous avez l'habitude d'inviter des inconnus chez vous, comme ça ? "

C'était une question futile, mais il ne pouvait s'empêcher de la poser. Il trouvait ça curieux. En général, quand on entrait dans une galerie, on n'avait accès qu'à la galerie, pas au reste. Il avait beau l'avoir croisé une fois par hasard, cela ne faisait pas de lui une connaissance à proprement parlé puisqu'ils n'avaient jamais réellement discuté et n'avaient que le moka en point commun. Lui, né au XXème siècle, ne connaissait que les poèmes, non l'homme qui lui faisait face et l'inverse aurait été impossible. Il était évident qu'ils n'auraient jamais pu se croiser dans le monde des vivants. Cependant, il lui semblait avoir aperçu à la librairie quelques unes de ses propres œuvres publiées, comme "Le Petit Prince" ou bien "Vol de nuit". Encore un mystère non résolu. Sur Insomnia, il était donc possible de rattraper son retard perdu en lectures. Il ne lui viendrait toutefois pas à l'idée de se plaindre. Au moins, ils avaient de quoi lire et s'instruire, partager de nombreux écrits entre créateurs et créations. Il trouvait cette possibilité vraiment merveilleuse. Antoine se gratta le nez, songeur. Il avait beaucoup trop de questions à poser à cet illustre poète.

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Jeu 10 Aoû - 16:20
Photographies & RosesSaint-Ex & RimbaudDéroutant, c’est ainsi qu’Arthur à l’habitude de se voir au travers du regard des autres… il a toujours animé chez autrui une certaine peur avec un soupçon plus ou moins grand de colère. Il met à mal ses comparses qui le prennent pour une étrange créature qui les dégoûte mais les fascine à la fois… comme cette sensation horrible et morbide d’une scène de crime ou d’un accident duquel on ne peut détourner le regards alors que nos boyaux se tordent prêt à rendre leur petit déjeuner… Voilà… Arthur est comme un accident de la route dans le regard des autres, à l’époque et de nouveau aujourd’hui.

Il cherche désespérément à changer à apporter autre chose à ce monde, à aller de l’avant mais on ne perd pas des habitudes qui se sont ancrées en lui comme des ronces entrelacées autour de son coeur. Il a beau faire son possible pour effacer l’image qu’il renvoie, et faire envoler cette ombre dans le regard des gens voir que ça ne fonctionne pas l’affecte autant que ça le blase… et dans ces cas là il ne fait que continuer encore et toujours plus… l'excès… encore et encore… une mauvaise manie qu’il c’est juré d’arrêter mais qui avec certaines personnes ressort bien plus qu’il ne le voudrait.

Après il est comme il est, sincère avec sa façon d’être et avec autrui, il ne fait pas de mal ou en tout cas n’en fait pas consciemment, il n’y a rien dans cette situation et cet échange qui soit vraiment déplacé mais apparement ils ne sont pas sur la même longueur d’onde. C’est amusant pour le jeune homme qui ne peut s’empêcher de vouloir tirer un peu plus sur la corde pour voir si elle allait céder ou pas. Mais ce qui est bien avec Rimbaud c’est que même si elle ne casse pas il ne s’en offusquera pas, il trouvera un nouveau défis, un nouveau plaisir et un intérêt encore plus grand à chérir cette corde comprenant que la casser ne le mènerait nulle part !

Mais la corde ne craqua pas et ne plia pas… au contraire elle se fit douce et rugueuse à la fois entre ses mains et ce fut un réelle plaisir de lâcher du leste tout en l’enroulant autour de son cou. Il jeta un coup d’oeil par dessus son épaule en regardant Antoine avalant l’espace de toute sa stature dans l’encadrement de la porte. Au final c’était une jolie découverte qui serait pleine de surprise sans nul doute et il se concentra à nouveau sur la préparation du café non sans lui faire un petit signe de tête pour qu’il pénètre dans sa caverne d’Ali-baba… sérieusement son appartement était le reflet de l’esprit d’un poète… une seule et unique grande pièce délimité de façon plus ou moins flou dans des espaces de vie qui se touchent et s’entremêlent avec un style indistinct s'alimentant de plusieurs cultures et arts différents… un lieu unique et représentatif d’une personne aux multiples visages comme lui.

- Si vous voulez savoir si j’invite des inconnus chez moi autant que je suis fameux et bien la réponse est non… je n’ai pas la sensation d’être fameux comme je n’aime pas l’idée qu’ici m’appartient… C’est une extension de la galerie, et la galerie est une extension de moi… vous y avez pénétré comme vous pénétrez en moi l’un ne va pas sans l’autre…

Il sourit un peu plus et rempli à moitié une grande tasse pour y ajouter une autre moitié de lait et quelques cuillerées de sucre. Calorique et pleins de caféine, c’était à peu près de ça qu’il s'alimente ces derniers temps n’ayant pas les moyens ni le temps de remplir son estomac d’autre chose de plus sain et consistant. Il attendit de savoir comment Antoine souhaitait boire son café pour le lui préparer et aller déposer les deux tasses sur une table basse fait d’un plateau orientale avant de s’asseoir sur la tapis persan élimé s’appuyant contre un pouf trop confortable pour réussir à s’en échapper rapidement.

- Je n’aime pas compartimenté ma vie, mes idées, mes rencontres… cet espace est ouvert il n’y a pas de mal à échanger un café que ce soit ici ou en bas, ce qui compte ce n’est pas comment ou pourquoi mais vous et moi, votre essence et la mienne, et vers quoi les secondes passées ensembles vont nous mener…

Déroutant sans aucun doute, sa vision des choses n’a pas de limite ou peut-être que sa limite est celle de ne pas en avoir ? Peu importe qui est Antoine, ce qui est intéressant c’est de savoir qui il sera de cette rencontre et de cette échange, qui sera le Antoine de cet instant, celui de la rencontre avec Arthur et qu’est ce que cela finira par produire… Pas que l’ancien poète soit naïf au point de penser que chaque rencontre mène quelque part, des fois il n’y a aucune étincelle, rien ne se passe et l’oubli engloutit le néant… mais en plongeant son regard dans celui de l’homme face à lui il sent la bête monstrueuse qu’il a en lui - comme tout homme assumant sa part de bestialité - s’agiter tendrement en son sein pointant le bout de son nez.

Cela ne veut pas dire qu’il y a une ombre au tableau, que du sang ou des larmes seront versées, seulement qu’il y a un intérêt, et que son instinct le pousse à dévorer chaque secondes passées en sa présence que ce soit la dernière ou la première d’une longue liste. Sirotant son café latte surement trop sucré plus qu’il ne l’apprécie en règle général il reprend sur un ton moins provocateur en substance mais tout aussi perturbant en conséquence.

- Qu’est-ce qui vous pousse Antoine à dire que je suis célèbre à part mon nom ? Ici je ne suis qu’un tout jeune galeriste qui n’a même pas encore ouvert, qui touche à l’art sous toutes ses formes, qui pose nu pour de véritables artistes et qui s’engage sur chaque chemin qui a besoin de ma voix pour se faire entendre… Mon corps n’est plus celui qu’il était et mon nom n’est rien… car la seule chose qui compte pour preuve c’est mon âme… avez-vous le don de voir mon âme Antoine ? Si c’est le cas je vous préviens, fermez les yeux, car elle n’a rien à voir avec les honneurs que vous m’accordez…
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